Exemple de protocole avec les étudiants de 5ème année en scénographie à École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris.

dans un espace déterminer un cadre photographique (avec un retour vidéo direct) tracer au sol une équivalence de la surface cadré par l’appareil de prise de vue occuper l’espace avec le groupe et produire des mouvements.
à partir de là prendre des décisions

choisir d’être...

- dans le champ ou hors champ
- net ou flou
- plus ou moins éclairé
- cadré en pied, à moitié, en gros plan

individuellement mais toujours en groupe à partir de là...

- être auteur et interprète de chaque décision (sujet et objet)
- observer les conséquences visuelles de chaque décision
- observer les conséquences vivantes en regard de l’image filmée
- superposer aux consignes précédentes des règles de déplacement

par exemple

- choisir un « poisson pilote » dans le groupe et se positionner par rapport à lui avec sa propre logique, individuellement, mais toujours en groupe et vice versa
- multiplier les « poissons pilotes » dans le champ et hors champ et choisir son camp
- additionner les consignes

  1. -observer les conséquences visuelles et vivantes de la somme des consignes - repérer une situation et stopper le mouvement

  2. -associer une dramaturgie à la situation choisie (et non le contraire)


exemples












































associer 2 dramaturgies à une même situation






































avec la parole


  1. -expliquer le processus d’origine en rejouant l’ensemble des consignes depuis le début

  2. -en groupe mais individuellement

  3. -filmer, écouter

  4. -recommencer jusqu’au sentiment de mécanisation des gestes puis stopper l’action


César Vayssié


PÉDAGOGIES


arguments / interventions / workshops


Il est important de susciter l’échange et l’action collective comme dispositif critique et hypothèse de production. Une grande partie du travail passe par une investigation des idées, des actes et des formes, leurs significations et leurs interprétations. C'est d'une perception lente dont nous avons besoin. Une perception qui forme le jugement par déplacements successifs, écarts permanents que l’oubli de l’objet (le résultat) doit permettre. Pour atteindre une vision du réel il faut aussi au préalable pouvoir faire abstraction du vécu. La connaissance des références historiques et théoriques est fondamentale mais la capacité de s’en émanciper est nécessaire pour créer l’hypothèse et l’audace d’une oeuvre. Cela oblige à repenser les comportements de création, à inventer des formes qui ne soient pas qu'une simple adaptation au marché, considérant que l'art n'est pas une donnée immédiate qui répondrait uniquement à une attente, mais un « produit » de l'esprit dont la place n'est jamais acquise ni fixée.

MODE OPÉRATOIRE

Mon approche de l’art et du cinéma en particulier est influencée par cet énoncé superficiel :

Le vrai et le faux sont-ils la réalité et la fiction?

Cette question identifie une thématique d’atelier, elle se décline en cru / cuit, vérité / mensonge, nature / culture, réalité / art.

Je m’appuie sur ces notions pour induire des pistes de réflexion et inviter les participants à passer à l’acte en précisant que, seules des expériences nouvelles permettent de développer de nouveaux paradigmes. Un ensemble de pistes définissent la stratégie d’une démarche possible propre à l’image et au corps en mouvement :

une manière d’accélérer ou de ralentir le temps
de resserrer ou d’élargir l’espace
d’accorder ou de désaccorder le regard et l’action

d’enchaîner l’avant et l’après, le dedans et le dehors

La dynamique de l’atelier se situe dans le suivi d’une démarche qui va au delà de la chaine de fabrication et suggère des hypothèses de travail sur lesquelles les participants peuvent s’appuyer. Elles mettent en jeu le corps et la parole, seul ou en groupe, avec la possibilité d’être à la fois l’objet et le sujet de la recherche à l’aide d’une boite à outils minimaliste. Chacun est libre d’agir comme il l’entend mais chaque détermination, dans un sens ou un autre, fera débat.

Une action filmée génère simultanément une proposition vivante et une proposition visuelle. Cette double production permet une observation, une énonciation et une étude comparée des phénomènes narratifs (visuels et sonores) produits dans le réel (vrai?) et par l’image (faux?). Des paradigmes pourront commencer à être énoncés. Le procédé de fabrication (l’activation d’un tournage) est envisagé comme processus performatif dont la forme peut être étudiée en regard des sons et des images produites.

Quelques pistes :

En filmant, éprouver physiquement un espace réel et sa conséquence visuelle. Former un groupe, déformer le groupe par l’organisation d’actions qui le mettent en mouvement dans le sens d’un rituel à filmer. Accumuler de l’expérience contradictoire pour fabriquer une image fausse de soi, avec ce que cela exige de violence, d’engagement, d’exhibition. Comment et jusqu'où engager le corps dans une situation de représentation? Proposer un geste esthétique qui pose la question du statut de l’oeuvre in progress. Élaborer l’hypothèse d’un protocole de travail qui entend exploiter esthétiquement, et même d’une manière chorégraphique, toutes les étapes constitutives d’une recherche ou d’une production visuelle et sonore (le processus comme oeuvre). Retourner contre les acquis d’un précédent travail les procédés habituels de fabrication. Dans l’image, se positionner physiquement en fonction d’une prise de position intellectuelle. Étendre une proposition visuelle aux recherches formelles connues de l’art et créer une dynamique qui contredit ses usages. Incarner / représenter. Etre / simuler. Trouver un réalisme qui se situe au delà de la reproduction du réel. Créer un spectacle du réel pour le filmer, faire d'un film une conséquence de la réalité.

Il ne s'agit pas de créer un atelier de recherche replié sur lui-même, mais d'établir une circulation des personnes et des idées (initier un pont évident avec la performance), créer une atmosphère de fabrication et d’expérience permanentes. L’atelier se doit de formuler un projet esthétique, il doit poser la question de la culture, la question de l’art, la question de la vivacité artistique dans un monde à évolution rapide qui soulève les questions de virtualité et d’interactivité. Un projet polémique : parce que la critique, la discussion, la construction d’élans divergents est nécessaire à toute recherche.


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WORKSHOP

THE RAW AND THE COOKED RESEARCH


Axé sur la thématique du projet EXEMPLE, cet atelier s'adresse aux danseurs, comédiens et étudiants. Il entend confronter les participants à la notion de cru et de cuit (énoncée par Claude Lévi-Strauss), par extension les notions de savoir et d'ignorance et par extension de vécu et de filmé. Ces notions induisent que, seules des expériences nouvelles permettent de développer de nouvelles formes. Il s'agit donc, avec une série de consignes, de susciter un passage à l'acte collectif où les participants alternent dans un continuum de mouvement des actions voulues et identifiées et, leur contraire (propre ou figuré) immédiat. Créer avec le groupe une attitude chorégraphique inconsciente qui est pourtant la conséquence d'une somme de consignes précises. Les actions sont expérimentées dans l'idée d'être filmées. L'image permettra d'identifier des phénomènes narratifs et rendre visible l'écart entre la forme vivante et sa conséquence visuelle. L’idée est de susciter des prises de décision spontanées et de révéler en creux la parenté secrète de l’inconscient et de l’artistique, du poétique et du technique. Élaborer un protocole de travail qui entend exploiter esthétiquement les étapes constitutives de la recherche dans l'idée de produire un film à l'issue du workshop.




















 


Conceptuellement, un film en tant qu’objet matériel n’est pas une oeuvre d’art mais le support d’une oeuvre. Si on allait au bout de l’idée, à l’aune de l’ère numérique, nous devrions dire « un fichier ». Après le processus de fabrication, l’oeuvre filmique doit être activée pour exister. Souvent, elle commence et finit, impose un certain positionnement temporel et physique du public, ce qui relie l’oeuvre à la notion de spectacle. Ces paradoxes existentiels alimentent l’ambiguité d’un discours unique sur l’image en mouvement d’aujourd’hui. Il y a dans la notion d’objet, d’un côté, l'assimilation de l'objet artistique avec l'objet matériel, de l'autre, la mise en œuvre de la pratique artistique sans qu'elle soit subordonnée à une obligation de résultat (précisément l'objet artistique). L’étude du cinéma comme art contemporain, progressiste voire radical, vise à dépasser les formes qui paraissent figées en donnant un appareil critique aux participants. Ou comment l’individualité, la singularité, la portée esthétique et symbolique d’un projet doit permettre d'établir un comportement fondé sur la différenciation, de construire une attitude avant de viser un résultat (l’oeuvre) tout faisant acte de création tout de suite malgré tout.


Historiquement, le cinéma est défini comme une forme d’art «préméditée» (écriture, production, tournage, montage et diffusion), le distinguant de fait du geste artistique « sacré » qui surgit, de l’action spontanée et finalement de l’art performatif. Les avants-gardes des années 30 puis des années 60 ont nuancé cette idée. Aujourd’hui, il reste pourtant une mythologie fortement ancrée dans l’imaginaire collectif sur la façon de faire des films et le statut de l’oeuvre filmique dans la création contemporaine. Ce préjugé côtoie un paysage actuel retourné par la révolution numérique proposant une somme de productions dont les contours, passionnants, sont difficilement identifiables.

Comprendre pour mieux s'expliquer, en pratiquant et produisant, accepter le risque du bouleversement et ne pas considérer le non-aboutissement comme un échec. Cela suppose aussi d’appréhender les dispositifs techniques propres au cinéma d’aujourd’hui, d’analyser les conséquences esthétiques, et d’énoncer le statut des images afin de s’affranchir de la puissance des outils, des moyens et postulats techniques. Mon travail est d’accompagner les participants. Les écouter et envisager avec eux un axe de travail en lien avec leur réflexion et une déclinaison de leur recherche dans le cadre de l’atelier que je propose.