César Vayssié réalise des films qui s’aventurent hors des frontières du cinéma, il fait des images, conçoit des actions. Son travail se dérobe à toute classification rigoureuse, il construit une dialectique singulière à la recherche de phénomènes narratifs plastiques et physiques. Ses rencontres avec des chorégraphes, scénographes et plasticiens le conduisent à élaborer des formes qui associent danse, recherche plastique et performance. La confusion entre plasticien et metteur en scène est emblématique d’un travail en recherche permanente, ouvert aux nouvelles expériences. A la fin des années 90, il est assistant de Paul-Armand Gette, Chris Burden, Philippe Decouflé. Il réalise des films d’art sur des artistes contemporains avec Le Consortium de Dijon. A cette période il rencontre Odile Duboc et Françoise Michel, filme la danse et réalise Les demoiselles de Belfort et 80-13. Au sortir des Beaux-Arts, ses travaux vidéo sont montrés au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (Les Ateliers) puis à Beaubourg (Ici Paris Europe) et à New-York. De 1996 à 1997, il est pensionnaire à la Villa Médicis à Rome et réalise un long métrage co-écrit avec Yves Pagès Elvis De Médicis. En 2000, il réalise le film Les Disparates et depuis collabore régulièrement avec Boris Charmatz (héâtre-élévision, Éducation, Bocal, Levée, Three collective gestures). Il a beaucoup filmé la danse et les artistes : Odile Duboc, Xavier Le Roy, Yves-Noël Genod… En 2010, il intègre Vivarium Studio et collabore avec Philippe Quesne (interprète dans Big-bang, L’effet de Serge et Bivouac, co-réalisation du film Garden Party). Les oeuvres de César Vayssié ont été montrées à l’Anthologie Film Archives à New York, au White Cube à Londres, au Folkwang Museum à Essen, au MoMA, au Centre Pompidou, et dans de nombreuses manifestations dans le monde. Avec UFE performance, créé au MuCEM à Marseille en 2015, il poursuit un parcours de cinéma hors catégorie qui investit le champ de l’art vivant et convoque la relation art et politique. En 2015, il signe avec François Chaignaud l’installation The sweetest choice tournée dans la Death Valley et présentée à Carriageworks à Sydney. En 2016 il finalise UFE film, prix Georges De Beauregard et prix du public au FID Festival International de Cinéma Marseille.

Pendant la FIAC 2016, Il présente une première étape de COPROUD , performance qui sera créée à la Ménagerie de Verre en novembre 2016. Il travaille sur un projet d’installation humaine EXEMPLE (d’après le cru et le cuit de Lévi-Strauss) et prépare un nouveau film HOMME SAPIN.

2015


THE SWEETEST CHOICE

avec François Chaignaud


installation filmique

vidéo HD, cycle de 45 mn


Ubehebe crater, dawn. 8’52 

Sunset campground, noon. 9’37 

Artists palette, noon. 8’14 

Ubehebe crater, late afternoon. 7’51 

Twenty mule team, late afternoon. 8’36


Regarder une image photographique, fixe ou animée (film), produit la sensation d’un moment qui « a eu lieu » et qui « n’est plus ». Roland Barthes parle d’une micro-expérience de la mort pour le sujet photographié. C’est encore plus vrai lorsque l’on filme la danse, le chant où une action performative, quand l’image substitue à notre regard une reproduction ou une illusion du « vivant » qui constitue la définition de « l’art vivant ». En revanche, le champ photographique (cinématographique) ouvre un espace, physique et temporel qui permet une extension dramaturgique de la performance scénique, la possibilité d’un endroit à atteindre avec la danse, loin des contraintes de la boite noire du théâtre.

François Chaignaud écrit « S’échapper du théâtre - un fugitif dans le désert...», ce pourrait être la première et la dernière phrase d’un scénario. Pourtant, il s’agit bien je crois de ne pas commettre le joli mensonge de la fiction cinématographique, mais de « saisir », à l’instar d’un acte picturale, l’instantané de la danse et du chant, leur force performative et poétique à l’épreuve du désert, décors réel qui devient le théâtre d’une autre représentation.

Une fable se dessine. Un être dans le désert, envers de la civilisation, de la culture. Retour aux origines avec les oripeaux néo-primitifs d’une civilisation trop agitée ou perdue. Un désir de solitude, un refuge exposé à l’immensité, à la minéralité et aux conditions extrêmes, où se réfugier signifie justement être à vue, visible et à découvert, comme sur une scène, mais vu par personne puisque cet espace est déserté. Bref, seule une caméra volontaire et sensible peut témoigner.

L’idée filmique est de mettre en apposition l’être et le désert, à travers des cadres harmonieux, photographiques, qui « représentent » (en français le mot « représentation » parle autant d’un spectacle que d’une image), l’expérience dansée et chantée avec le sentiment de sa durée réelle, son endurance, son énergie. Laisser la danse et le chant vivre au contact d’un environnement naturel mais fantasmatique. Laisser ainsi une histoire, une légende, se raconter en creux comme la puissance narrative suggérée de certains tableaux en peinture pourtant dépourvus de mouvement et de son.

Comme le propose François, cette expérience serait partagée à travers un dispositif autonome. Boite noire évoquant l’expérience nomade du tournage dans le désert, écrin d’une intimitée avec ces moments «qui ne sont plus», avec la sensation qu’ils ont été reproduits à l’infini (pour toujours).

César Vayssié

2012 - 2016


UFE (UNFILMÉVÈNEMENT)

- film

vidéo HD / 2H30

- performance / 1H00



Que produit (crée) une société (une équipe) sans projet (scénario) face au désir (choix) impérieux (nécessaire) de refaire (fabriquer) un monde (un film) autrement ? L’exhibition (la projection) de soi, acte (phénomène) risqué (physique) qui est le corollaire (la conséquence) de tout engagement (action) politique et amoureux (artistique).


UFE est une oeuvre polymorphe articulée autour de la fabrication d'un film dont le processus de création et de diffusion rejoint la logique d’un évènement vivant et d’une oeuvre plastique. Cette création pose la question du statut de l’oeuvre, redéfinit une communauté de travail et de production. Elle prend position dans un espace qu'elle invente d'une manière empirique, entre spectacle vivant et art visuel. Le film, édité en un seul exemplaire, et la performance sont deux versions autonomes d'une proposition artistique globale. Le politique, l'art et l'intime sont les arguments dramaturgiques d'une histoire collective, réelle et fictive, qui raconte le travail de l'engagement. UFE questionne l'hypothèse d'une société (un groupe, une compagnie) guidée par l'utopie de révolutionner les formes (d'art, de vie). 


UFE proposition à plusieurs entrées 


Le sigle UFE recouvre plusieurs acceptions et désigne tout autant l’expérimentation vécue lors du processus de création, un film et un évènement performatif : un film évènement. Pendant 5 ans, César Vayssié a travaillé avec dix jeunes comédiens (non danseurs) autour d’un argument de fiction. Ensemble, ils ont fait le choix d’une vie collective et ont pris le temps de la recherche artistique, habités par le désir de se réapproprier des questionnements politiques et de tester les frontières de l’amour et de l’engagement. Le corps (des corps du groupe au corpus politique) symbolise l’engagement par essence, la prise de risque qui est le corollaire de tout engagement artistique, politique et amoureux. Il est le point de départ et la figure récurrente de cette recherche. Au fil de résidences accompagnées par des artistes comme Dimitri Chamblas, François Chaignaud, Mathilde Monnier, Philippe Quesne, Yves-Noël Genod et Yves Pagès, s’est tissée une histoire de corporalité et la création d’une performance fondée sur les mêmes questionnements que le film : une révolution des comportements (artistiques, politiques, amoureux) passe–t’elle par l’abandon d’une phraséologie du passé, par l’avènement d’une nouvelle esthétique, un nouveau régime d’énonciation à trouver, une organisation des corps à expérimenter? S’entremêlent alors le dispositif et son sujet, la vie du groupe et son récit pseudo fictif. Suivant le lien allégorique entre le politique, l’art et l’intime, UFE élargit l’espace filmique et construit un tableau vivant, une installation humaine qui puise son énergie dans la force chorégraphique du collectif. Tout est dans tout, d’une manière ludique et décalée. Renouveler les formes / Refaire un monde : Le projet d’art comme hypothèse de projet de société où la question du vrai et du faux, en art et en politique, se pose aussi en terme de mensonge et de vérité avec les conséquences humaines que cela provoque. En creux, se dessine un geste «politique» de part la démarche expérimentale, la question du statut de l’oeuvre et sa construction dramaturgique, dans une période confuse où la société du spectacle peine à s’engager, voire à se projeter, ce qui est peut- être pire, dans un mouvement qui transforme (ou transformerait) la société. Le film, édité en un exemplaire unique, est montré avec l’idée d’unicité propre à une oeuvre d’art ou à un spectacle. Composé des archives de sa propre recherche artistique, il se nourrit de son histoire pour produire un récit. 

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CRÉATION 2017 / 18https://exafe.tumblr.com

THE SWEETEST CHOICE

Prétexte #2 /exposition / Friche la Belle de Mai /Marseille / 29 septembre -18 octobre 2015

24 frames per second / exposition Carriageworks / Sydney, Australie /18 juin - 2 août 2015